Le routage est clair, il faut partir tôt le samedi pour gagner vers le sud avant le gros coup de vent et la dépression qui obligera le dimanche à faire de l’ouest vers New-York dans 40nd environ dans le front chaud, puis route au près dans la traine de sud ouest pour viser la Galice.

Samedi après-midi, après 3 semaines de beau temps, on part sous la pluie… Le vent est stable autour de 15-20 nœuds.
C’est à la fin de la nuit du samedi que ça commence à être sportif. Mais surtout à cause des orages qui ont éclaté tout autour de nous ! Nous avons bien tenté de virer pour éviter les plus gros, mais c’est inutile vu la vitesse et violence de leur déplacement. Batteries coupées, navigation de nuit aux sensations et éclairs dans tous les sens. Je sais que Chloé, que je crois dormir à ce moment, déteste les orages. Je commence à m’inquiéter pour elle… Elle m’avouera ensuite qu’elle n’avait pas du tout dormi et qu’elle tentait de s’imaginer que c’était nos frontales qui flashaient partout !!

Le plus dur dans notre affaire, c’est le gros bord vers l’ouest dans ce gros coup de vent qui nous a cueilli au petit matin le dimanche et qui nous a bien donné 45 nœuds pendant 12 heures, une mer démontée, des marins fatigués et une route qui ne diminuait pas pendant ce bord vers le large : psychologiquement limite, fatigue par dessus et manque de rigueur dans la gestion des quarts cette première nuit, la guerre sur le pont, le Gascogne est dur, on y est !!!

Gascogne

Gascogne

J’avais souvent lu des récits de coureurs abordant cette zone psychologique où il faut allez chercher loin pour puiser des ressources et continuer. Je ne pensais pas en avoir besoin un jour, et surtout pas si tôt dans notre aventure. Pourtant, quand j’ai repris la barre le dimanche vers 14h,
– Brieuc à bout après 3 heures à piloter dans les 45 nds du Gascogne
– Chloé malade dans sa bannette, Hors Service!
– Papa qui a du mal à comprendre pourquoi il vomi aussi, mais vaillant sur le pont!
– et moi incapable de dormir depuis 30 heures,
j’ai commencé à mal cogiter pendant 2 heures : remise en question du projet, déception d’un éventuel demi-tour, envie de vacances reposantes et méritées après une année difficile au boulot, en formation, en préparation du bateau, envie de choses simples…. Et ce bord vers le large dans cette tempête… ça va pas, je sais que mon cerveau réfléchit mal mais je n’y peux rien… je flanche !!

Brieuc se relève, je lui parle, je rentre dans le bateau, je parle à Chloé qui me regarde et dit « ok, donne moi 5 minutes, et je viens vous relayer » !! C’est peut-être ça qui a tout changé. Sa conviction et sa volonté de faire ce grand voyage, malgré son mal de mer depuis 6 heures ce matin, à bout de force, elle n’aurait jamais été capable de mettre un pied dehors, mais l’envie est là, et sa force me réconforte.
Et puis j’ai pensé à ces mecs qui font la transat en mini-6.50, seuls sur des savonnettes des mers pendant des jours…. Et nous on ne fait que le Gascogne, certes un gros Gascogne mais on doit y arriver !! Ils sont dingues ces mecs !! Merci à eux, ils viennent de me relancer !!

C’est la guerre dehors, alors on passe en mode combat : un équipier de quart pendant 2 heures à se faire dégommer par les vagues dans des vêtements trempés, avec comme seule motivation les 4 heures à l’intérieur qui vont suivre à poil dans le duvet (seule vraie façon de se réchauffer) calé dans une toile anti-roulis à tenter de dormir un peu, et en regardant le changement de quart intermédiaire avec une certaine joie d’avoir encore 2 heures dans la bannette en regardant le copain partir au front !
Ça a duré 12 heures dans 45 nœuds établis, puis 24 dans 35 nœuds après avoir viré vers l’Espagne. Les éléments auront eu raison aussi de l’estomac de Brieuc et du mien. Et puis tout a une fin, le moteur a remplacé le vent le mardi matin pour une journée de rêve au soleil le long des côtes espagnoles. Chloe sort enfin de la cabine, après 3 jours et 3 nuits allongée.

Arrivée à La Corogne !

Arrivée à La Corogne !

On sera à La Corogne mardi soir, tous les 4 fiers d’avoir vécu un gros Gascogne, avec un mal de terre impitoyable dans les douches chaudes de la marina, et une belle soirée de clôture dans les rues animées espagnoles.
Merci à Brieuc et Papa, la guerre du golfe sera NOTRE aventure.

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